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 "Complainte", citharède.

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Complainte
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Race : Humain
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MessageSujet: "Complainte", citharède.   Mer 11 Nov 2009 - 18:59

Il y a de ces présences qu'on ne remarque que lorsqu'elles le veulent bien. Que ce soit par maîtrise de la discrétion ou simplement en cultivant une apparence trop banale pour que le regard s'y attarde - banale par le physique ou, ici, par l'accoutrement. Tissu et cuir sombres, qualité ordinaire, capuche, et quelques sacoches suspendues aux hanches - ainsi qu'un étui sanglé dans le dos ; en pénétrant dans l'auberge, l'homme n'affichait rien qui puisse véritablement le distinguer de la foule des autres clients.

Dédaignant à la fois les recoins obscurs et les tablées, il prend place près de l'âtre ; assez loin pour que la chaleur ne puisse l'incommoder, mais suffisamment proche pour que la lumière des flammes puisse danser sur ses traits, moirant sa figure de savants clairs-obscurs. Enfin, repoussant sa capuche et posant bagage, le nouveau venu prend le temps de balayer la pièce du regard.

Vient le moment de détailler l'individu.

La lueur des yeux ne trompe pas : c'est un cadavre. Et si ce détail ne suffit pas, la peau livide, l'allure à la fois élancée et noueuse ainsi que le visage aux traits creusés sont autant d'indices confirmant cet état de faits. Cet homme fut probablement beau, autrefois, et le vestige de son charme est encore perceptible via les pommettes saillantes, le front haut et noble, ou encore la dentition étonnamment préservée sous les lèvres violacées par la mort ; deux rangées de dents bien nettes et régulières, claires comme de la nacre.

Depuis sa place, l'homme sourit. Sur ses jambes croisées repose une cithare en bois noir, décorée de fresques peintes à l'argent et au dessin très sobre. Du bout des doigts, il pince deux cordes, tirant des accords discrets qui se perdent dans le brouhaha ambiant. Deux accords qui auraient plu à l'oreille d'un mort mais qui, pour celles d'un vivant, semblent voilés dans un écho étrange, semblable à un gémissement.

Ainsi, la scène était plantée. Complainte, poète et citharède, s'apprêtait à découvrir la contrée et - surtout - ses occupants.
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MessageSujet: Re: "Complainte", citharède.   Lun 15 Nov 2010 - 16:22

Agacée par l'agitation ambiante, fatiguée d'être sans cesse bousculée, Seisha s'était depuis longtemps réfugiée dans un coin sombre. Tapie dans l'ombre, elle léchait avec force grognements sa queue meurtrie par quelques bottes empressées.
Les oreilles à l'arrière, elle s'ébrouait nerveusement et laissait échapper des éternuements discrets, veines tentatives qui n'avaient d'autre but que de dégager ses nasaux agressés par un mélange impossible d'odeurs en tous genres.

Au milieu des allées et venues incessantes des occupants de l'auberge, auxquelles elle ne faisait presque plus attention, elle avait à peine remarqué l'arrivée de l'homme encapuchonné.

Quand soudain, une odeur nouvelle, écoeurante, la prit à la gorge.

L'homme s'était installé devant l'âtre, et la chaleur des flammes répandait dans la pièce un parfum pénétrant de renfermé, de viande pourrie et de sang coagulé qui lui mettait le coeur au bord des lèvres.

Pourtant, les habitués du lieu semblaient ne rien avoir remarqué, sans doute protégés par un odorat plus grossier.

Seisha laissa échapper un feulement et quitta son refuge, bien décidée à rejoindre au plus vite l'air frais de la nuit.

Alors qu'elle s'apprêtait à franchir le seuil de la porte, des notes de musique, brèves et voilées, lui firent dresser une oreille.
La mélodie avait quelque chose d'un peu étrange, les notes qui venaient de résonner semblaient s'étirer à l'infini dans son esprit, comme l'écho d'un gémissement fantomatique ricochant sur une pierre glacée.

Rôdant toujours, Seisha s'approchait d'un pas méfiant de l'homme qui tenait à présent entre ses mains une cithare noire, sobre mais raffinée.

Il avait abaissé sa capuche, offrant au regard de tous un visage aussi beau que repoussant.

Seisha inclina la tête de côté, intriguée, et vint se placer derrière l'homme aux trait émaciés.


Une telle proximité rendait l'odeur du mort insignifiante tant elle était présente, et la curiosité avait pris le pas sur sa répulsion première.

Quittant sa forme de félin, elle se pencha sur l'épaule rigide du voyageur pour aller caresser de ses longs doigts les cordes tendue de l'instrument paré d'argent et en tirer quelques notes claires.

-" Nous ferez-vous l'honneur d'une balade ?"
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Complainte
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MessageSujet: Re: "Complainte", citharède.   Lun 15 Nov 2010 - 22:08

***
Daemonia Nymphe - Hypnos - Oneira - Thanatos

***


Le seul.

Il pensait être le seul à goûter à sa propre musique. Oui, souvent ; souvent ces petites gouttes de pluie noire et sonore sur l'agitation ambiante ne résonnaient qu'à ses seules oreilles, perdues dans le reste du vacarme. Son art, pourtant, savait se parer d'étranges échos. La musique née de ses doigts se fardait de sombre. Peut-être était-ce pour cette raison qu'ils préféraient l'ignorer, tous. Mais, ah ! Le véritable artiste n'est-il pas fait pour chanter la gloire des ténèbres là où les autres tendent à chercher la lumière ?

L'odeur boisée,
étrangère, derrière son épaule, fut remarquée mais non relevée. Nombreux étaient les passages par ici, nombreuses les destinées, nombreux les chemins sans retour. Savoureux. Il se contenta de saluer cette présence insistante d'une pincée de cordes, puis d'une deuxième. Les notes jaillirent et éclatèrent comme des bulles - des bulles acides et grinçantes, sans perdre de leur harmonie. Ce fut tout.

Elle s'en irait, s'était-il dit, distraitement. Comme le faisaient tous les autres. Que ce fut par indifférence ou par dégoût, ils étaient rares à s'arrêter pour lui faire la conversation - ou même le regarder dans les yeux, qu'il gardait pudiquement baissés lorsqu'il jouait. De cet état de fait, Complainte ne tirait ni satisfaction ni rancune. Ce genre de tracas ne l'atteignait plus depuis longtemps.

Non-vivre pour la musique, et non-vivre par elle. C'était important. C'était suffisant.

Elle ne partit pas, toutefois. Pis encore : il sentit son ombre s'allonger, entendit la discrète détente des muscles, et l'ondoiement du sang - vivant, puissant - dans les veines. La main, délicate, forte, alla embrasser les cordes du bout des doigts. Elles lui répondirent, d'un tintement presque innocent. Mais sous le cristal de la musique persistait la déchirure. Toujours présente. Toujours
latente.

Ces cordes-là n'étaient pas faites de crin.

- Nous ferez-vous l'honneur d'une balade ?"

Complainte sourit, avec douceur. Ses mains s'allongèrent sur le bois verni de son instrument comme deux grands animaux blancs et nerveux, au repos. Sans risquer le moindre regard vers son interlocutrice, il répondit : et sa voix était douce et grave, singulièrement prenante, rampante, magnétique.

- Je puis faire honneur au tout-venant, depuis le serf jusqu'au Roi, depuis le vivant jusqu'au mort, assura-t-il. Je le puis, pour peu que l'on m'offre un nom en échange, un thème, et un émoi. Il se tut le temps d'un autre sourire, plus appuyé, montrant la frange délicate des dents. Je sais les balades, et les odes, et ces chants poignants qu'au nord de Lordaeron l'on nommait lieder. Je sais les poèmes anciens, les ritournelles et les comptines ; mais par-dessus tout, je sais les complaintes, qui me valent mon nom."

Il avait presque psalmodié sur la fin, modulant savamment son timbre et son ton comme l'aurait fait un conteur - s'accompagnant de quelques notes suaves et pincées, rêveuses, grondantes.

- M'offrirez-vous un thème et un émoi, Dame ? susurra-t-il ensuite, les yeux mi-clos. M'offrirez-vous votre nom ?"
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MessageSujet: Re: "Complainte", citharède.   Mar 16 Nov 2010 - 23:10

Complainte...

Il y avait dans ce nom impersonnel la mélancolie commune d'une idée par tous éprouvée, mais aussi la subtilité d'un secret qui s'habille d'éternel pour mieux se dérober.

L'homme avait étendu ses doigts décharnés sous ceux de Seisha, recouvrant de sa large paume l'ouïe sombre de l'instrument, et avait récité, de cette voix incroyable, une introduction aussi galante que formelle, habillée de notes douces-amères.

Les Elfes ignorent la pudeur, et Seisha n'échappait pas à la règle. Toujours penchée sur l'épaule du conteur, elle l'avait écouté parler en le dévisageant, son visage à quelques centimètres du sien, les yeux rivés sur ses paupières continuellement baissées dans une contemplation tranquille.

"- M'offrirez-vous un thème et un émoi, Dame ? M'offrirez-vous votre nom ?"

Seisha sourit, et, se laissant glisser dans l'ombre de l'homme, vint s'asseoir contre le manteau de la cheminée, sur le large rebord de pierre qui lui permettait de rester suffisamment proche de l'inconnu étrangement nommé pour qu'il soit le seul à entendre les mots qu'elle s'apprêtait à prononcer.

Ainsi assise, elle regardait la masse noire du dos de son interlocuteur en contre-plongée.

- Ne m'appelez pas Dame, voyageur, car vous ne trouverez personne en ce monde qui puisse le justifier, souffla-t-elle, de sa voix calme et basse. Comme la chouette nocturne qui guide les âmes vers l'au-delà, j'existe pour accompagner, puis être oubliée. Les noms ne sont pas absolument indispensables, mais puisque vous réclamez le mien pour pouvoir combler l'assemblée, je vous l'offrirai : Seisha.

Pour dire son nom, elle avait volontairement haussé le ton, prenant soin d'en détacher les syllabes, afin de s'assurer que l'homme l'ait entendu avec clarté.

- Vous demandez un thème, je vous offre ceci : un orage sur la jetée, le roulement du tonnerre par-dessus le fracas des flots, et, dressé contre la tempête, le corps nu d'une femme qui se tient debout sur les rochers, la tête renversée, la peau fouettée par les embruns que le vent a enlevés aux vagues. Et pour tout émoi, ceci : le désir à jamais frustré que vous arrache la beauté de ce spectacle irréel. Ainsi, voyageur, je viens de vous offrir l'occasion de rendre hommage à votre nom."
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Complainte
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MessageSujet: Re: "Complainte", citharède.   Jeu 18 Nov 2010 - 22:31

***
Lien musical
~ Atlantis OST - Fintan's Tree ~
***



Sans plus pincer les cordes, il écouta tout le temps qu'elle daigna se présenter. Il la sentait proche, toujours au point de saisir, dans le vacarme ambiant, le rythme de sa respiration, et même la chaleur subtile qu'elle dégageait - comme le fait tout corps vivant. C'était étonnant qu'elle ne soit pas plus incommodée par tant de proximité, vu sa nature profonde.


- Ne m'appelez pas Dame, voyageur, car vous ne trouverez personne en ce monde qui puisse le justifier. Comme la chouette nocturne qui guide les âmes vers l'au-delà, j'existe pour accompagner, puis être oubliée. Les noms ne sont pas absolument indispensables, mais puisque vous réclamez le mien pour pouvoir combler l'assemblée, je vous l'offrirai : Seisha.
- Ahhh, souffla-t-il, levant une main, paume en avant. Seisha. Sei - sha. Un chuintement. Le bruit d'une étoffe qui s'effondre, et d'un couteau que l'on tire de sa gaine. C'est un joli nom. Il glisse. Il chante. Il paraît cruel, sous sa douceur première. Et, avec un énième sourire, les yeux mi-clos, il ajouta, comme pour lui-même : Il me plaît. "


S'abaissant, la main revint à l'instrument. Quelques nouvelles notes s'élevèrent. Plus sifflantes, prolongées. Comme s'il tentait de faire gémir la cithare en l'honneur du nom offert.

- Le thème énoncé, dit Complainte entre deux accords par la suite, est plaisant. L'émoi, également. Intense, dramatique. Je vois d'ici la scène - ô combien déchirante. La nature en colère est un poème titanesque. En vérité, ce n'est pas à mon nom que je vais rendre hommage. Mais au vôtre. "

La mélodie s'affermit. Enfla. Oh, juste un peu. Peut-être tout juste assez pour attirer d'autres oreilles au lieu de se perdre dans l'indifférence ambiante. Peut-être pas. Et tandis que les cordes claquaient et vibraient, faisant contrepoint aux grésillements de l'âtre, la voix du non-mort, bien plus grave, grondante comme un écho de tempête et cependant étonnamment mélodieuse, s'éleva à nouveau.

« Non loin des cieux aux mornes lueurs
Sous la paume du vent, lourde et cruelle,
S’élance, aigue tout autant qu’irréelle,
De la mer assassine l’incontestée fureur

Des vagues blanchies aux hochements d’écume ;
De l’herbe meurtrie que nappe la brume ;
De la plus haute falaise aux récifs hérissés ;
De tous ces monuments je peux chanter la beauté

Mais ni la vague, ni l’orage, ni la pierre déchirée
Ni l’éclair, ni l’écume, ni l’abîme écaillé
Ni même la rafale qui vagit et qui beugle,
A mes yeux fracassés que le sang aveugle,

Ne sauraient égaler, dans leur mesure sauvage,
Dans toutes leurs ténèbres, dans tous leurs ravages,
D’elle, glorieuse et transie, ses bras étendus,
L’éclat pur et blessant de la chair nue. »



Elle s'était parée des atours de la vague, cette voix ; enflant puis décroissant ; plaintive puis tonnante ; et, sur la fin, comme la vague épuisée finit par refluer, et comme la mélodie de son instrument mourait à son tour, elle se tut tout à fait.

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MessageSujet: Re: "Complainte", citharède.   Mar 23 Nov 2010 - 20:08

Pour se présenter, Seisha s'était tenue le buste tendu en avant, les coudes fermement appuyés sur ses genoux et les mains déployées dans le vide, toute entière tournée vers cet homme à qui elle s'adressait sans lui imposer sa vue.

Quand il avait levé la main pour saluer le nom qu'elle venait de lui offrir, elle s'était redressée, l'épine dorsale comme maintenue par un fil invisible qui lui aurait commandé de changer de position.

Elle avait regardé cette main blanche et nerveuse tressaillir, répondant par un jeu de cordes organiques - bien visibles sous la peau d'albâtre - aux variations de cette voix qu'elle écoutait avec toujours plus d'attention.


- Ahhh. Seisha. Sei - sha. Un chuintement. Le bruit d'une étoffe qui s'effondre, et d'un couteau que l'on tire de sa gaine. C'est un joli nom. Il glisse. Il chante. Il paraît cruel, sous sa douceur première. Il me plaît. "

L'intéressée suivit du regard la trajectoire de la main qui disparut à nouveau derrière la masse noire que faisait la silhouette de l'homme pour aller rejoindre l'instrument.

Aux notes qui suivirent, Seisha ferma les yeux, et, laissant aller sa tête contre la manteau de pierre qui lui servait d'appui, chuchota quelques mots dans la langue des Druides qui couchèrent les flammes dans une rafale de vent. La bourrasque, brève, dont le souffle vif venait de faire chanter les braises, vit le ruban rougeoyant de l'âtre onduler en un chuintement sauvage.

Complainte s'apprêtait à jouer le thème imposé, et les rares occupants de l'Auberge qui n'avaient pas encore succombé aux vapeurs de l'alcool se tournèrent vers lui.

Le temps des premiers accords, Seisha avait tressé une mèche de sa longue chevelure d'un vert sombre, et, après avoir dégainé la dague qu'elle portait cachée sous les plis de sa robe de moire, avait coupé la tresse d'un geste sûr.

Abandonnant le non-mort qui offrait un hommage magnifique à l'orage, elle avait regagné sa forme féline et s'élançait déjà vers le dehors, invisible et rapide, laissant dans son sillage un parfum d'herbe fraîche.



Sur la pierre grise de la cheminée, derrière le conteur, un long serpent tressé se laisse caresser par les ombres que projètent les flammes, dans l'attente d'être ramassé.
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